Médiaphi 14 : le langage

Thème du dossier: 
Le langage
Date de sortie: 
mars 2017
Rédacteur en chef : 
Lucie Boël
Co-rédacteur : 
François Danze
Directeur de la publication : 
Faustine Oliva
Edito : 

Lectrices, lecteurs,
Orateurs, oratrices,
Auteures, auteurs,
Prolixes insatiables ou encore
Gens comme moi qui ne parlent pas,
Mutiques sélectifs et autres incongruités sociales,

L’apologie de l’échange, de la spontanéité, du partage à travers le dialogue, nous l’avons faite, et la faisons encore avec fougue. Puisqu’en effet, malgré l’expression facile dont nous faisons tous preuve, la parole mesurée et attentive n’est pas toujours aisée, et réclame souvent, si ce n’est toujours, un cadre pour se développer. Ce cadre nous y œuvrons, événement après événement ; nous construisons le lieu à l’acoustique idéal, la place sur laquelle nous pourrons prendre le temps de dérouler ensemble de fil de notre pensée audible, de l’alimenter des filaments de celles des autres.

Il pourrait sembler que notre préférence va à la pratique orale, forte d’une vivacité que la pratique écrite aurait du mal à atteindre. Un peu oubliée, un peu délaissée, au profit du bruit tonitruant d’une pensée qui se répand et va à la rencontre de ses pairs, la philosophie déclinée à l’écrit est pourtant cristallisée dans un de nos événements emblématiques : le Médiaphi. Ses pages ne réclament pas de débat immédiat, pas de discussion enflammée, pas de réflexion collective. Ce sont des pages jointes ensemble, une succession de textes sans lien les uns avec les autres, de styles très divers, sur des sujets qui le sont tout autant, dont l’appréciation est dépendante de l’activité, plus ou moins concentrée, de chaque lecteur. Ce numéro est un bazar, dans lequel on nous parle de tout, de distorsions verbales inégalables, de sens et d’auteurs, de film et de constructions, d’armoire et d’amour, ou encore de vieilles allocutions pleines de sagesse. Et puis peut-être qu’en fait, on ne nous parle pas. Après tout ce ne sont que des mots même pas prononcés, ce qu’il reste sur le papier ce ne sont que quelques caractères bien ordonnés auxquels on prête un sens bien particulier. Quand on leur trouve un sens, car, contrairement à d’autres facultés, la lecture se démarque : si on n’écoute pas, on est forcé d’entendre, et les discours qui nous atteignent trouvent en nous une résonance plus ou moins consciente ; si on ne lit pas, on ne voit que des signes insensés étalés sous nos yeux. Voit-on par là, dans le support écrit, et notre Médiaphi, un défaut, une contingence rédhibitoire, un pis-aller, ou tout simplement une expérience qui n’a rien de novateur, puisque, finalement, c’est en les lisant qu’on apprend à connaître et à s’approprier les réflexions éparses et les pensées systématisées qui nous ont précédés, et en écrivant qu’on les utilise à notre propre compte et qu’on les rend publiques ? Le Médiaphi, une revue comme une autre que seule sa dénomination distingue ?

Ce serait oublier qu’un objet n’est pas seulement le produit fini, caractérisé par ses propriétés physiques seules, d’un enchaînement d’actes mécaniques, mais également l’aboutissement d’un processus bourré d’intentions. Les nôtres ont pris possession de chaque parcelle de papier et rejoint celles de nos ateliers, projections, discussions : donner l’occasion de prendre la parole et le goût d’apprécier celle des autres.

Le Médiaphi est un bazar, particulièrement fourni cette fois-ci. Un beau bazar qui rassemble d’une manière étrange ceux qui écrivent, dessinent, photographient, lisent, feuillettent, parcourent en diagonale, reviennent dessus. Peut-être ne nous rencontrerons-nous jamais, peut-être demeurerons-nous silencieux les uns envers les autres, mais, pendant un instant, fut-il en décalage d’une personne à une autre, nous aurons partagé.

Mutiquement,
Faustine Oliva, Présidente des Dodos

Éditorialiste: 
Faustine Oliva
Comité de rédaction : 
Léa Charvaz Alexia Dos Santos Lucas Echeverry Louise Gagnaire Judith Sévy Benjamin Spada
Appel de textes: 
Jeudi 22 décembre 2016 - Dimanche 05 février 2017